Archive for the ‘Société civile’ Category

Délégation suisse au Honduras exprime ses préoccupations pour la situation des droits de l’Homme au Honduras

June 13, 2015

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Une délégation de huit membres du Forum Honduras Suisse a passé une semaine (du 4 au 11 mai 2015) au Honduras, invitée par des organisations nationales afin d’étudier et documenter la situation actuelle des droits de l’Homme. Au cours de la visite, les membres de la délégation ont pu réaliser des entretiens avec des représentant-e-s de la société civile et d’organisations nationales et internationales.

PROAH a accompagné la délégation dans ses différentes réunions et visites.

Vous trouverez ici le communiqué de presse de la délégation :

en anglais et en espagnol, et ici le rapport plus détallé, en français.

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Des zones de non droits (humains) pour le développement économique ?

April 2, 2015

De Christelle Genoud  – Les charter cities honduriennes seront des zones de non droits promues par le gouvernement afin d’attirer les investisseurs étrangers. Elles montrent pourquoi des initiatives telles celles de la campagne Droit Sans Frontière en Suisse sont nécessaires.

Le Honduras est sur le point d’expérimenter ce que son Président Juan Orlando Hernandez veut comparer à des zones franches inspirées de Hong Kong ou Singapour. Dans les faits, ces ZEDEs (zones d’emploi et de développement économique) franchissent un pas supplémentaire en cédant aux investisseurs étrangers les trois piliers d’un Etat : sa population, son territoire et sa politique.

En effet, la loi sur les ZEDEs exempt des parcelles de territoire hondurien de la souveraineté et du droit du pays. Elle cède aux entreprises commerciales et aux organisations qui financeront le développement de ces zones, des domaines constitutionnellement reconnus comme relevant de l’Etat : le prélèvement des impôts, le contenu des lois, l’éducation, la sécurité, ainsi que la santé. Ces décisions devront être approuvées uniquement par le « Comité pour l’Adoption des Bonnes Pratiques » (CABP) désigné par le gouvernement hondurien. Or, ce conseil d’administration des ZEDEs est composé de 21 personnalités d’obédience néolibérale dont seulement 4 Honduriens pour 9 Américains (6 ont servi sous le gouvernement Reagan).

Ainsi, la majeure partie de la Constitution hondurienne ne s’appliquera pas aux Honduriens vivant dans ces portions de territoire. Ces derniers n’auront d’ailleurs parfois pas le choix puisque la loi prévoit une consultation populaire seulement dans les zones peuplées de plus de 100’000 habitants. Ainsi, les régions qualifiées de « basse densité de population » ainsi que celles du Golf de Fonseca et de la côte Caraïbe ne nécessiteront pas l’approbation du peuple pour intégrer un régime de ZEDE. C’est d’ailleurs dans ces deux régions que sont pressenties les premières ZEDEs. L’Agence Coréenne de Coopération Internationale (KOICA) a déjà signé un accord avec le gouvernement hondurien en 2013 sur l’établissement d’une ZEDE dans le département de Valle. Les 3 zones d’Amapala, d’Alianza et de Nacaome sont actuellement soumises à un test de préfaisabilité par l’agence coréenne. Les habitants de ces zones craignent donc de se voir déposséder de leurs terres de manière directe ou indirecte. Malgré leur lutte pour obtenir les titres de propriété, la lenteur et la corruption du système hondurien vouent leur démarche à l’échec, ce qui rend les habitants encore plus vulnérables sous la loi ZEDE. En outre, le prélèvement d’impôts élevés pourrait constituer une manière indirecte d’exproprier les paysans.

Une pancarte à Zacate Grande (un des lieux pressentis pour une future ZEDE):
“Bienvenue en terres récupérées, zone libre de grands propriétaires” (Photo: Erika Piquero)

En 2012, la Cour Suprême hondurienne avait déclaré inconstitutionnelle la loi relative à la création de l’ancêtre des ZEDEs, les « charter cities » ou « Régions Spéciales de Développement » pour violation à la souveraineté du pays. La réaction du Président du Congrès d’alors, Juan Orlando Hernandez avait été de convoquer le Parlement afin de destituer les 4 juges opposés à la loi, provoquant la vive condamnation de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme. Un peu plus d’un an plus tard, cette fois en tant que Président de la République, ce dernier fera passer une version encore plus poussée de son projet, la loi ZEDE.

La question des effets réels des ZEDEs en termes de développement économique reste ouverte, mais force est de constater que les ZEDEs s’établiront au détriment des droits de l’homme et de l’environnement. Dans le contexte d’une corruption et d’une violence atteignant des sommets mondiaux depuis le coup d’Etat de 2009, ainsi que d’une monopolisation du pouvoir et du développement économique par l’oligarchie hondurienne, l’absence totale de transparence et d’information relative au processus de l’implémentation des ZEDEs face aux populations concernées est alarmante. Il n’est pas nécessaire d’attendre que les ZEDEs voient effectivement le jour pour s’apercevoir qu’elles bafouent le droit international, principalement la Convention Américaine relative aux Droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, des textes contraignants que le Honduras a ratifiés.

Il s’avère donc de la responsabilité de la communauté internationale de veiller à l’application de ces droits. Les entreprises internationales choisissant d’investir dans ces ZEDEs se convertiront en complices de violations du droit international. C’est justement contre de tels abus que le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a adopté en 2011 les « Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux Droits de l’Homme » ou « Principes Ruggie », du nom du Représentant Spécial chargé de la question des Droits de l’Homme et des sociétés transnationales et autres entreprises qui les a élaborés. Cette déclaration d’intention souligne la responsabilité sociale des entreprises face au respect des Droits de l’homme, mais n’est toutefois pas juridiquement contraignante et aucun mécanisme de contrôle de son application n’a été mis en place.

L’exemple des ZEDEs prouve que l’autorégulation et les initiatives volontaires des multinationales ne suffisent pas. La campagne suisse Droit Sans Frontière vise à l’inscription dans la Constitution helvétique de règles contraignantes pour les multinationales ayant leur siège en Suisse en matière de protection des Droits de l’homme, et ce également dans leurs activités à l’étranger. La codification juridique de la responsabilité sociale des entreprises, ainsi que d’un droit de recours en Suisse pour les victimes de préjudice peuvent constituer un premier palliatif à l’échelle nationale contre des violations des Droits de l’homme. La Suisse peut jouer un rôle de précurseur pour un développement respectueux de ceux-ci.

Cet article a été publié initialement sur le site de Foraus

Christelle Genoud est membre du Foraus et actuellement à Tegucigalpa comme observatrice des droits de l’homme pour les ONGs PROAH et Peace Watch Switzerland.

Le blog de foraus est un forum mis à disposition tant des membres de foraus que d’auteur-e-s invité-e-s. Les contributions publiées ici représentent les opinions de leurs auteur-e-s. Elles ne reflètent pas nécessairement l’avis de la rédaction ou de l’association foraus.

LE TRIBUNAL ALTERNATIF CONTRE LES FÉMICIDES, UN NOUVEL OUTIL DE LUTTE CONTRE LA VIOLENCE DE GENRE AU HONDURAS

July 3, 2013

« La rébellion et les revendications exprimées au sein de ce Tribunal nous rapprochent un peu plus de l’utopie ». C’est sur ce message plein d’espoir, porté par Eva Sánchez, féministe membre de l’organisation «Les Fourmis »1, que s’est clôturé le Tribunal Alternatif contre les Fémicides, le 19 juin dernier. Cet activité inédite au Honduras a pris place à Tegucigalpa à l’Université Pédagogique Nationale Francisco Morazán, dans le cadre de la Campagne Nationale contre les Fémicides au Honduras, et avec le parrainage de l’organisation Oxfam. Des volontaires de PROAH ont eu le privilège d’assister à la totalité de l’évènement.

Le Tribunal Alternatif, une première au Honduras

La tenue du Tribunal Alternatif, véritable instrument de lutte sociale à portée symbolique et ouvert au public, a revêtu les apparences d’un procès, au cours duquel été réexaminés des cas de fémicides déjà portés devant la justice hondurienne, mais cette fois-ci par un jury exceptionnel composé de défenseurs des droits humains. Cet évènement spécial a fait écho à d’autres initiatives similaires en Amérique latine, entre autres au Guatemala, au Pérou ou encore en Colombie, également concernés par des problématiques de violence à l’encontre des femmes. ll s’est inscrit dans le cadre d’une stratégie de plaidoyer et d’action politique collective, visant à mettre en évidence l’impunité qui caractérise les cas de fémicides au Honduras, lesquels sont en recrudescence dans le pays, et plus particulièrement depuis le coup d’État qui a eu lieu le 28 juin 20092. C’est notamment grâce à la présence de nombreux médias de communication que le Tribunal Alternatif a pu mener à bien sa mission comme «  outil de visibilisation et sensibilisation aux violations des droits de la femme », tel que défini par Gladys Lanza, coordinatrice du Mouvement de Femmes pour la Paix Visitación Padilla. Le Tribunal Alternatif est un instrument nouveau qui vient compléter les nombreuses initiatives d’ONG féministes honduriennes qui espèrent rédiure l’exposition particulière à la violence dont souffrent les femmes, segment particulièrement vulnérable de la population hondurienne3.

L'évènement a fait salle comble
Près de 700 personnes ont assisté au Tribunal Alternatif
 

Une femme est assassinée toutes les 15 heures au Honduras

Les 8 organisations féministes de la société civile hondurienne, qui forment la Tribune de Femmes contre les Fémicides -en charge de la campagne nationale- et qui ont veillé 18 mois durant à l’organisation de ce Tribunal exceptionnel, ont impulsé l’initiative afin de dénoncer haut et fort l’amplification de la violence de genre qui règne dans le pays. Leur rapport intitulé « Comment se tisse la toile de l’impunité », et publié le 18 mars dernier reflète cette nette tendance : on recensait 512 cas de fémicides en 2011, contre 606 en 2012. Les statistiques établissent ainsi qu’une femme est assassinée toutes les 15 heures au Honduras. Les victimes, dont l’âge moyen se situe entre 20 et 24 ans, sont tuées par leurs maris, petits-amis, parents ou proches, mais également par des inconnus, membres du crime organisé ou autres. Les assassinats sont perpétrés dans le foyer familial tout comme dans des lieux publics. La variété des circonstances dans lesquelles se déroulent les fémicides ne reflète que mieux l’exposition constante des femmes, au sein d’un système patriarcal qui échoue à les protéger des coups qui leurs sont portés, et banalise souvent la violence conjugale.

C’est précisément afin de mettre en avant les structures permettant la légitimation culturelle de la violence faite aux femmes que les féministes latino-américaines renouvellent leurs outils et concepts. La notion même de fémicide -ou féminicide-, définie comme « le meurtre de femmes pour la simple et unique raison qu’elles sont des femmes »4, a permis aux féministes centraméricaines, depuis le début des années 2000, d’attirer l’attention sur la violence endémique qui sévit contre les femmes dans des pays comme le Honduras, mais également au Guatemala ou au Salvador. Au Honduras, la société civile s’est emparée du concept de fémicide dans le cadre de la Campagne Nationale et du Tribunal Alternatif contre les Fémicides, afin de sensibiliser la population et responsabiliser l’État face à son devoir des protéger ses citoyennes.

Une organisation sous contrôle

Les cas de fémicides ont été examinés par les membres d’un jury aux horizons divers mais ayant pour trait commun un parcours reflétant un engagement dans la défense et la promotion des droits humains. Parmi les cinq juges, on pouvait distinguer Cecilia Barraza, historienne et universitaire colombienne; Ana Carcedo, universitaire costaricaine; Claudia Sánchez, avocate hondurienne; Leo Valladares, avocat et ancien commissaire aux droits humains au Honduras; et Julio Escoto, écrivain hondurien. Par ailleurs, Tirza Flores de l’Association des Juges pour la Démocratie (AJD); Guadalupe Ramos, avocate mexicaine de l’Observatoire Citoyen National des Féminicides au Mexique; Patsilí Toledo, avocate et chercheure à l’Université Nationale de Barcelone étaient chargées de prendre la défense des victimes défuntes en tant qu’avocates.

Les juges du Tribunal Alternatif Les juges du Tribunal Alternatif

Les membres de l’organisation ont recherché des familles consentantes à la divulgation de l’histoire de leurs proches assassinées, et également enclines à partager de l’information sur les victimes. Les noms et lieux ont été changé afin de préserver un certain anonymat. L’accord des familles des trois jeunes femmes assassinées témoigne d’un acte de courage. Outre la vulnérabilité psychologique générée par à une possible « re-victimisation »5 lors de la présentation publique et détaillée des cas, les proches ont pris un risque pour leur sécurité physique en assistant à la totalité du « procès ». Afin de pallier ces difficultés, l’évènement a fait l’objet d’une préparation minutieuse. Un protocole a été établi par les organisateurs, et diffusé auprès des participants afin d’expliquer clairement les enjeux du Tribunal. De plus, le Tribunal a été doté d’un service de sécurité formé spécialement pour les circonstance, plaçant l’évènement sous haute surveillance.

Des assassinats intolérables

Les trois cas de fémicides qui ont été jugés par le Tribunal Alternatif sont ceux de femmes âgées de 20 à 36 ans. Le Tribunal a tenté de rendre publics des assassinats emblématiques en ce qu’ils présentent des traits caractéristiques des fémicides au Honduras. En majorité mères de famille, alors enceintes pour deux d’entre elles, originaires de milieu urbain ou rural, la totalité des victimes a succombé à l’agression d’un homme avec lequel elles partageaient une relation amoureuse. Suite à la présentation des cas par des invités d’honneur leaders d’organisations sociales honduriennes6, les avocates des victimes ont plaidé sans relâche, déroulant un enchaînement de preuves accablantes à charge contre les accusés, mais également contre l’État hondurien et ses institutions. Les avocates ont insisté sur l’impunité dont ont bénéficié les assassins. En effet, les manquements de l’État en différentes étapes de la judiciarisation sont troublants: protection des témoins défaillante ou absente, disparition de preuves, libération sous condition des coupables présumés. Autant d’éléments reflétant un laxisme certain du système judiciaire hondurien, ainsi que l’absence de rigueur institutionnelle. A l’issue des plaidoyers, la spécialiste chilienne Adrianna Sosman s’est chargée de systématiser les caractéristiques des bourreaux en dressant leurs profils psychologique et socio-économique.

Les juges ont alors suspendu le Tribunal en attente de la délibération des juges. L’auditoire, comptant près de 700 membres et composé d’organisations de la société civile hondurienne et internationale, de professionnels de la justice et du corps diplomatique, ainsi que des familles des victimes, a pu apprécier ce répit accordé alors que l’atmosphère s’était chargée en émotion au cours des heures écoulées. L’horreur et l’injustice se dessinant au fil des récits a indigné les personnes qui s’étaient déplacées, et bouleversé les familles des victimes, qui ont été prises en

charge et emmenées au calme.

Miriam Miranda

Miriam Miranda présente le cas de Claudia Rojas,
enceinte de 9 mois lors de son assassinat
 
 

Le Tribunal condamne l’État hondurien et ses institutions

Lorsque les juges ont refait leur apparition, il ne faisait aucun doute que les conclusions seraient sans appel. Après avoir qualifié la violence faite aux femmes au Honduras de « problème structurel », les juges ont fermement condamné la négligence de l’État hondurien, favorisant un climat d’impunité à l’égard des responsables de fémicides allant à l’encontre du devoir national et international de « garantir le droit des femmes à une vie libre de violence ». Une série de dix recommandations a ensuite été adressée à différentes instances honduriennes et internationales, telles que l’État, le Ministère Public, les organisations de défense des droits humains et en particulier des droits de la femme, soulignant l’urgence de réformer à plusieurs niveaux le modèle institutionnel actuel.

S’il est certain que le système judiciaire est dans la ligne de mire des recommandations -ce dernier est enjoint à renforcer les investigations, judiciariser et punir les responsables-, les juges ne manquent pas d’y exhorter à la création de structures de proximité permettant la détection de femmes en situation vulnérable, et de les protéger des schémas habituels de violence. En d’autres termes, les recommandations issues du Tribunal Alternatif se résument en peu de mots : prévention, éducation, protection, investigation, sanction et réparation; c’est en aspirant à ces standards que sera rompu le « cercle vicieux de la violence de genre et des fémicides », tel que l’a affirmé George Redman, directeur de Oxfam International au Honduras, rappelant que « si la vérité n’est pas établie, il n’y pas de reconnaissance des faits; il n’y a alors pas de justice, ni de réparation aux victimes ». Les conclusions et recommandations seront remises auprès des autorités honduriennes.

Si l’incertitude plane sur la portée effective de la tenue de ce premier Tribunal Alternatif contre les Fémicides au Honduras, il aura permis de mettre un coup de projecteur sur une réalité parfois noyée dans le flot d’informations relatives à la violence au Honduras. La Tribune des Femmes contre le Fémicide, encouragée par l’intérêt suscité auprès du public, souhaite renouveler l’expérience à l’avenir, dans l’espoir d’approcher un peu plus cette « utopie » d’un monde fait de femmes libres.

Pour plus d’informations sur le Tribunal Alternatif contre les Fémicides au Honduras, consultez les articles suivants en espagnol, sur le site defensores en linea :

1)http://www.defensoresenlinea.com/cms/index.php?option=com_content&view=article&id=2652:tribunal-alterno-conocera-casos-simbolicos-de-femicidios-y-evidenciara-fallas-en-sistema-judicial-hondureno&catid=81:muj&Itemid=197

2)http://www.defensoresenlinea.com/cms/index.php?option=com_content&view=article&id=2661:proximo-paso-es-deducir-responsabilidades-a-funcionarios-que-obstruyan-la-justicia-para-las-mujeres&catid=42:seg-y-jus&Itemid=159

1Organisation féministe, basée dans le département d’Intibucá.

2Voir le rapport d’Oxfam « Impunité : la guerre contre les femmes », publié en 2011 : http://www.revistazo.biz/cms/images/stories/Informe_femicidios_Honduras.pdf

3Voir le site de la Campagne Nationale contre les Fémicides : http://www.contralosfemicidios.hn/tribunal-alterno.

4Définition utilisée comme référence dans la littérature, donnée par Radford & Russell en 1992, dans la publication : « Femicide: The Politics of Woman Killing ». New York: Twayne, 1992.

5Dans son protocole d’action, le Tribunal Alternatif contre les Fémicides définit la re-victimisation comme le risque de rendre la femme responsable du crime qui est commis à son encontre.

6Parmi eux, Miriam Miranda, présidente de l’Organisation Fraternelle Noire Hondurienne (OFRANEH) et Donny Reyes, coordinateur de l’organisation LGBT Arcoiris.

 

 

 

 

PROAH recrute de nouveaux volontaires à partir de juillet 2013

April 24, 2013

! PROAH RECRUTE DE NOUVEAUX ACCOMPAGNATEURS DES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS À PARTIR DU MOIS DE JUILLET 2013 !

VOUS ÊTES INTÉRESSÉ(E)S PAR LE CONTEXTE SOCIO-POLITIQUE EN AMÉRIQUE CENTRALE ET AU HONDURAS, QUE VOUS SOUHAITEZ CONNAÎTRE DE PLUS PRÈS?

VOUS AVEZ DES CONNAISSANCES SUR LES DROITS HUMAINS ET SOUHAITEZ APPORTER VOTRE SOUTIEN À CEUX QUI LES DÉFENDENT AU HONDURAS?

VOUS AVEZ ENVIE DE DÉDIER PLUSIEURS MOIS DE VOTRE TEMPS À UN PROJET DE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE?

L’EXPÉRIENCE DE VOLONTAIRE AU SEIN DU PROJET D’ACCOMPAGNEMENT INTERNATIONAL AU HONDURAS EST PEUT-ÊTRE FAITE POUR VOUS!

Pour plus de détails, consultez la convocatoria et prenez rapidement contact avec nous! La session de formation aura lieu le week-end du 25-26 mai 2013 à Paris, en partenariat avec le projet français d’accompagnement au Guatemala, le Collectif Guatemala.

Au plaisir de communiquer avec vous.

La société civile hondurienne se mobilise pas à pas

March 30, 2013

Le 6 mars dernier s’est achevée la « Marche pour la Dignité et la Souveraineté, Pas à Pas ».  PROAH a accompagné les organisations du mouvement social sur une partie du chemin menant à la capitale hondurienne, Tegucigalpa. Après avoir parcouru près de 210 km à pied, les quelques 300 participants, épuisés mais toujours aussi déterminés, ont envahi la place du Congrès national hondurien. Leur arrivée a signé le terme d’une aventure qui avait commencé 10 jours plus tôt, le 28 février 2013, dans différentes régions du pays. Le grand « guancasco »[1] entre les groupes venant respectivement du Nord et du centre du pays a eu lieu le 2 mars, dans la ville de Siguatepeque, à 110 km de la capitale, alors que le soleil se levait timidement pour réchauffer les nombreux marcheurs.

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Des revendications articulées par des idéaux communs : la dignité et la souveraineté

Jour après jour et pas à pas, ces citoyens honduriens ont porté leurs revendications afin de les faire valoir devant les députés honduriens. Parmi les protestations qu’ils comptent faire entendre, figuraient trois préoccupations principales[2]: l’abrogation de la nouvelle Loi minière[3] ainsi que celle de la Loi des « Villes modèles »[4] (Ciudades Modelos), approuvées par le Congrès le 23 janvier dernier, et la libération du prisonnier José Isabel « Chavelo » Morales[5]. Ces trois revendications sont représentatives du mécontentement croissant de la société civile face aux différentes thématiques que sont l’exploitation des ressources naturelles, la violation de la souveraineté nationale et la répression des mouvements paysans. Le choix d’une marche de plusieurs centaines de kilomètres comme formule de protestation sociale s’explique par le désir des acteurs sociaux de donner plus de visibilité au mouvement, tout en promouvant des valeurs morales telles que l’effort et l’humilité.

Les participants

Divers acteurs de la société civile ont pris part à cette action nationale. Parmi eux, les membres du Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes du Honduras (COPINH) s’étaient déplacés en nombre, de même que ceux de l’Organisation Fraternelle Noire du Honduras (OFRANEH), du Mouvement Ample pour la Dignité et la Justice (MADJ), du Mouvement Paysan Unifié de l’Aguan (MUCA), de la Collective de Femmes Honduriennes (CODEMUH), de la Centrale Nationale des Travailleurs des Champs (CNTC), du Comité des Familles de Détenus et Disparus au Honduras (COFADEH), l’Équipe de Réflexion, Investigation et Communication (ERIC), l’Association Inter-municipale de Développement et Vigilance Sociale du Honduras (AIDEVISH), et bien d’autres encore. Quelques leaders emblématiques de la résistance se sont également joints, tel le Padre Fausto qui malgré son âge avancé  n’a pas reculé face aux routes qui se déroulaient inlassablement sous ses pieds. Le Padre Melo (directeur d’ERIC), également animateur d’un programme de radio quotidien sur la Radio Progreso -appartenant  à l’ÉRIC également- a accompagné la marche, et ouvert un espace d’expression aux participants de la marche dans son programme retransmis en direct. De nombreux autres médias de communication ont couvert l’évènement.

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Sous le signe du partage et de la convivialité

Les accompagnateurs, qui ont été présents plusieurs jours durant aux côtés de la marche, ont pu observer les temps forts de cette expérience humaine et sociale. Pour les participants, ce fut une leçon de convivialité. Les membres des différentes organisations, aux origines indigènes Lenca, afro-caribéennes Garífuna ou métisses, de même que les enfants, les femmes, les hommes, ruraux et citadins, ont appris à partager nourriture et matelas jour après jour, nuit après nuit. Tandis que la marche s’est majoritairement déroulée en silence[6], les soirées ont souvent été animées, et ponctuées de différentes activités culturelles. Les désagréments causés par plusieurs dizaines de kilomètres de marche quotidienne, les douleurs musculaires et les migraines causées par la chaleur s’envolaient pour laisser la place à une partie de football, une session de danse ou un concert de musique garífuna. Les soirées ont offert un espace privilégié aux participants pour échanger sur leurs problématiques locales, leurs vécus respectifs et sensibiliser les membres des autres organisations sociales à la multitude de luttes sociales qui existe dans le pays. Lorsque la fatigue a gagné le corps et le moral des troupes en plusieurs occasions, les leaders des organisations se sont efforcés de trouver un mot réconfortant ou de rappeler l’importance de la lutte menée. Ainsi, cette ambiance haute en couleurs a culminé vers un moment d’intense émotion lorsque la veille de l’arrivée à la capitale, tous ont appris la mort de Hugo Chávez, symbole de la lutte populaire. A l’image de nombreux endroits d’Amérique latine, les organisateurs ont improvisé de ce soir-là une veillée, au cours de laquelle les marcheurs ont pu se réunir pour partager un dernier moment de convivialité dans le recueillement.

Une portée politique

Au terme de la marche, les marcheurs ont installé un piquet de grève sur la place du Congrès national pour une durée de 24h, dans l’attente d’être reçus par les membres du Congrès. Cet espace d’interlocution avec ceux qui ont approuvé les lois en question faisait partie des objectifs annoncés de la marche. Au lendemain d’une nuit fraîche et animée, passée dans le campement de fortune sur la même place, une délégation de représentants des organisations sociales a été reçue par des députés du Congrès[7]. Si les revendications de dignité et de souveraineté pour le peuple hondurien ont été entendues, les représentants qui ont pu participer à cette réunion se sont dits plutôt désillusionnés au sortir du Congrès, déplorant le manque de volonté politique réelle.

Par ailleurs, au même moment et à quelques kilomètres de là, une autre délégation de quatre personnes, incluant des représentants de la communauté internationale, bénéficiait d’une entrevue exceptionnelle avec le Président de la Chambre pénale de la Cour Suprême. Au cours de cet échange, les sympathisants et proches de Chavelo ont pu formuler leur inquiétude face au retard pris dans le traitement du cas de ce dernier. Au terme de la discussion, le Président de la Chambre pénale, s’est engagé à avancer considérablement la date de l’audience en appel de la décision de justice prononcée contre Chavelo, annonçant qu’elle aurait lieu au cours de la première semaine d’avril, plutôt qu’en janvier 2014, tel qu’initialement prévu.

En marche pour plus de justice sociale

Alors que chacun a du se remettre en route pour son lieu d’origine, avec nostalgie, après tant de temps passé ensemble, les organisateurs ont conclu cette action sociale avec optimisme. L’articulation souhaitée entre les divers mouvements sociaux est réussie, de même que les avancées juridiques concernant le cas de José Isabel « Chavelo » Morales. Cependant, ils ont souligné la nécessité de poursuivre l’effort amorcé avec cette marche, car les lois minière et des « Villes modèles » sont toujours en vigueur et dessinent un avenir préoccupant pour les communautés autochtones, de même que pour  l’environnement, déjà impacté par la présence de nombreux sites d’extraction minière.  La marche est un pas de plus sur le chemin de la justice sociale, mais les leaders du mouvement social annoncent déjà que d’autres actions seront prévues pour assurer la continuité de la lutte.

Orlane Vidal

Pour plus d’information, de récits et de témoignages de la marche, consultez les articles suivants, en espagnol :

1) http://conexihon.info/site/noticia/derechos-humanos/conflicto-agrario-y-minero/caminata-paso-paso-cumple-con-m%C3%A1s-de-200

2) http://www.defensoresenlinea.com/cms/index.php?option=com_content&view=article&id=2474:avanza-paso-a-paso-la-caminata-por-la-dignidad-y-la-soberania&catid=58:amb&Itemid=181

3) http://voselsoberano.com/index.php?option=com_content&view=article&id=14816:avanza-paso-a-paso-la-caminata-por-la-dignidad-y-la-soberania&catid=1:noticias-generales

4) http://movimientos.org/es/content/honduras-llega-tegucigalpa-caminata-por-la-dignidad-y-la-soberan%C3%ADa

5) http://www.latribuna.hn/2013/03/06/termina-marcha-campesina-en-honduras-contra-mineria-y-ciudades-modelo/


[1]    Ce mot spécifiquement hondurien, emprunté au peuple autochtone Lenca -présent au Honduras-, renvoie à la rencontre entre peuples et à la fraternité.

[2]    L’ensemble des demandes s’élève au nombre total de 7. Elles sont détaillées dans la Déclaration faite publiquement face au Congrès, le 6 mars dernier, elle-même disponible en espagnol sur le site du COPINH http://copinh.org/article/declaracion-caminata-por-la-dignidad-y-soberania-p/

[3]    La nouvelle Loi minière est dénoncée par de nombreuses organisations de la société civile hondurienne, car outre les dommages certains provoqués par l’exploitation minière intensive, certains articles portent atteinte à la souveraineté nationale, en permettant à des multinationales étrangères de produire des bénéfices, tout en reversant un impôt dérisoire de 2% à l’État hondurien. Par ailleurs, la Loi est également muette sur les responsabilités pénales et administratives des entreprises minières en cas de violation du droit environnemental.

Pour plus d’information sur la nouvelle Loi minière, en espagnol : http://www.noalamina.org/mineria-latinoamerica/mineria-honduras/blog

Consultez également nos articles sur le sujet.

[4]    Le projet des « Villes modèles » , ou Régions Spéciales de Développement, prévoit la création d’enclaves territoriales au sein de l’État-nation hondurien, soumises à un système juridique et de sécurité propres, favorisant la privatisation du système public et promouvant les investissements étrangers, grâce à une moindre fiscalisation. Les habitants des régions concernées, notamment en terre garífuna -ethnie afro-caribéenne présente sur la côte nord hondurienne-, y voient une atteinte claire à leur souveraineté territoriale ainsi qu’aux richesses naturelles qui permettent leur subsistance quotidienne.

Pour plus d’information sur les « Villes modèles » et la polémique, en espagnol : http://www.laprensa.hn/Secciones-Principales/Honduras/Tegucigalpa/Honduras-Aprueban-Ciudades-Modelo-en-el-Congreso-Nacional#.UUxylhkls7A

[5]    « Chavelo » Morales est un paysan membre du Mouvement Paysan de l’Aguán (MCA), emprisonné injustement pour homicide depuis près de 5 ans, sur la base de preuves et témoignages falsifiés. Il a fait appel de la sentence de 20 ans d’emprisonnement prononcée le 24 juillet 2012, car il clame son innocence et n’a pas bu bénéficier d’un procès juste et équitable. Les délais de traitement de son appel n’ont pas été respectés par la Cour Suprême de justice hondurienne, et il attend actuellement la date de la prochaine audience, depuis son pénitencier situé dans la région de la Ceiba, au nord du Honduras.

Pour plus d’information en espagnol et en anglais : http://freechavelo.wordpress.com/

Pour prendre part aux actions solidaires, regardez la courte entrevue de Chavelo sous-titrée en français : http://freechavelo.wordpress.com/, et consultez  la pétition en français :  http://www.avaaz.org/fr/petition/Nous_exigeons_la_liberation_immediate_du_prisonnier_politique_hondurien_Chavelo_Morales/

[6]    A plusieurs reprises pendant la marche, les leaders des mouvements ont instauré des périodes de silence total chez les marcheurs, y compris lors de l’arrivée à Tegucigalpa. Cette requête de silence a plusieurs significations. D’une part,  le silence s’est inscrit en opposition à ce qui été désigné comme « vacarme politique »; autrement dit, il a traduit le caractère apolitique de la marche, et la volonté de n’être instrumentalisée par aucun parti en lice pour le sélections de 2013. D’autre part, les organisateurs ont  argumenté que marcher en silence favorise l’introspection personnelle, et une connexion plus profonde avec les réelles motivations de chaque individu impliqué dans la lutte sociale. Voir l’article en espagnol :  http://www.defensoresenlinea.com/cms/index.php?view=article&catid=42%3Aseg-y-jus&id=2479%3Acaminata-por-la-dignidad-y-la-soberania-arribara-en-completo-silencio-a-la-capital&tmpl=component&print=1&page=&option=com_content&Itemid=159

[7]               http://www.tiempo.hn/nacion/noticias/hoy-regresarian-al-norte-los-caminantes-de-la-dignidad