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Honduras : « La terreur que nous avons vécue pendant deux heures est le quotidien tragique de cette communauté », raconte une observatrice victime de séquestration.

July 29, 2013

Des hommes fortement armés ont séquestré et menacé des observateurs internationaux des droits de l’Homme, dans le contexte d’une lutte menée par une communauté entrée en résistance contre un projet d’exploitation minière.


Traduction de l’article publié le 26 juillet 2013 par Giorgio Trucchi et consultable en version originale espagnole : http://nicaraguaymasespanol.blogspot.com/2013/07/honduras-el-terror-que-vivimos-durante.html

Orlane et Daniel, respectivement de nationalités française et suisse, sont des observateurs internationaux du Projet d’accompagnement international au Honduras (Proah)1.

Mercredi dernier, ils se sont rendus à la communauté de La Nueva Esperanza, département d’Atlántida, dans le cadre de leur mission d’observateurs des droits humains, dans le contexte d’un grave conflit né suite à l’installation d’un nouveau projet d’exploitation minière2.

Moins de 24 heures après leur arrivée, les deux observateurs ont été cernés par des hommes de main armés au service de l’entrepreneur minier. Ils ont été menacés, puis escortés et forcés à monter à bord d’un véhicule qui les a libérés dans une communauté voisine.

« Ils étaient nerveux, avaient les yeux rouges et nous visaient avec leurs armes, nous disaient que nous n’avions rien à faire là, et nous demandaient si nous étions communistes. À un moment j’ai pensé qu’ils allaient nous tirer dessus », raconte Orlane Vidal à la LINyM.

Pour elle, le plus préoccupant dans le contexte de ce Honduras pris en otage et terrorisé, est que l’horreur qu’ils ont ressentie pendant deux heures représente le quotidien tragique que vivent des milliers de personnes, qui défendent leurs terres et les ressources naturelles des griffes acérées d’une poignée d’entrepreneurs dans le pays.

Communauté de Nueva Esperanza

Communauté de Nueva Esperanza / Photo : PROAH

LINyM: Que s’est-il passé exactement hier, le 25 juillet?

Orlane Vidal: Nous sommes arrivés à la Nueva Esperanza le mercredi après-midi et nous avons passé la nuit dans la maison d’une femme nommée Concepción, qui vit à environ une demi-heure de la communauté. Elle avait dénoncé quelques jours plus tôt le harcèlement et les menaces constantes dont elle avait fait l’objet de la part de l’entreprise minière, afin de la convaincre de vendre son terrain.

La matinée suivante, celle-ci est sortie tôt de la maison et est revenue à environ 8h30, nous avertissant qu’il y avait des hommes armés dans la communauté, possiblement des gardes de sécurité de l’entreprise Minerales Victoria. Nous avons tenté de la tranquilliser en lui disant que nous allions parler avec eux afin de savoir ce qu’ils voulaient.

Environ une demi-heure plus tard, 10 hommes armés de fusils, visiblement perturbés et aux yeux rouges, comme drogués, ont fait irruption accompagnés de 12 ou 13 travailleurs de l’entreprise minière armés de machettes, et ont cerné la maison.

Daniel et moi sommes sortis et les hommes nous ont visés avec leurs fusils, et ont commencé à nous dire que nous n’avions rien à faire là, que nous empêchions le travail dans la concession minière. Ils nous ont demandé à plusieurs reprises pourquoi nous essayions de nous cacher et si nous étions communistes.

Nous leur avons expliqué notre fonction d’observateurs internationaux au Honduras et dans la communauté de La Nueva Esperanza, mais les hommes paraissaient de plus en plus nerveux, jusqu’à ce que l’on entende des coups de feu et qu’ils arment leur fusil, toujours tout en nous visant.

LINyM: Que s’est-il passé ensuite?

OV: Soudainement d’autres travailleurs de la mine sont apparus, visiblement ceux-là même qui poursuivaient l’époux de Concepción. Celui-ci est arrivé en courant à l’endroit où nous nous trouvions, effrayé. A ce moment-là la maison était encerclée par environ 40 hommes armés de fusils et de machettes.

Nous avons passé près d’une heure à essayer de calmer la situation, cependant les supposés gardes de sécurité se sont énervés une fois de plus et se sont rapprochés de nous, en nous disant que nous devions quitter les lieux à leurs côtés. À ce moment-là j’ai eu peur de ce qui pouvait nous arriver.

Finalement, nous avons rassemblé nos affaires et ils nous ont fait marcher une demi-heure sur un chemin de terre, jusqu’à un autre endroit où nous attendait un pick-up. Les travailleurs tentaient d’être aimables avec nous, tandis que les gardes continuaient de nous viser avec leurs armes.

LINyM: Qui était dans le véhicule?

OV: C’était un véhicule de l’entreprise. A l’intérieur, il y avait une personne qui pourrait être un ingénieur de la même entreprise, et Wilfredo Funes, un membre de la communauté qui a toujours été en faveur du projet minier. Plusieurs hommes armés sont montés dans la partie arrière du véhicule.

Ils ont mis le pick-up en marche et ont commencé à nous dire que nous ne devions pas revenir à la communauté ou bien il pourrait nous arriver un malheur. Nous avons essayé de parler avec eux et leur avons demandé qui avait envoyé ces hommes armés. Ils nous ont fait comprendre, indirectement, qu’il s’agissait de l’entrepreneur Lenir Pérez.

Alors que nous étions encore dans la maison, ils ont reçu un appel téléphonique et Wilfredo Funes nous a dit « le chef veut parler avec vous ». Quand nous lui avons demandé «  « Qui? Lenir Pérez? » et qu’ils se sont rendus compte que nous savions qui il était, la personne au bout du fil a raccroché.

Finalement, ils nous ont laissés dans la communauté de Nueva Florida et là, avec l’aide de Cofadeh et Proah, nous avons réussi à rentrer à Tegucigalpa.

LINyN: A un moment donné as-tu pensé que ta vie était en danger?

OV: Les hommes armés étaient hors de contrôle et très perturbés, nerveux, comme s’ils n’attachaient pas d’importance à ce qui était en train de se passer, ni à nos vies. Ensuite nous avons écouté les coups de feu. A ce moment-là j’ai pensé qu’ils allaient nous tirer dessus et qu’il pourrait y avoir une tuerie dans la communauté.

Cependant, ce qui me préoccupe le plus est ce que vivent les gens de la communauté. Pour nous ce furent deux heures de terreur, mais pour eux cela n’en finit jamais, il s’agit de leur quotidien.

C’est pour cette raison qu’il faut se saisir de ces évènements afin de dénoncer nationalement et internationalement ce qu’ils se passe à cet endroit. Je ressens une grande rage, et cela va nous donner la force nécessaire pour continuer à faire notre travail.

1Le Projet d’accompagnement international au Honduras, Proah, est un projet de l’organisation américain Friendship Office of the Americas, lequel a débuté immédiatement après le coup d’État de 2009. L’équipe est composée d’observateurs internationaux qui procurent un accompagnement physique à des défenseur-e-s des droits de l’Homme, et notamment à des personnes et organisations des mouvements sociaux et communautaires.

2Minerales Victoria est l’entreprise de Lenir Pérez, gendre de Miguel Facussé, et opère par le biais de la société Alutech, qui elle-même fait partie de l’entreprise Inversiones EMCO. L’entreprise a obtenu une concession de 1,000 hectares. Le terrain concessionné comprend 16 communautés rurales, dont la source de revenu principale est basée sur l’élevage de bétail, et qui se verraient donc affectées par la perte de leurs moyens de subsistance, à cause de la pollution des ruisseaux et rivières. Pour cette raison, les communautés sont fermes dans leur opposition à l’installation de l’entreprise sur leurs terres, ce qui a généré des menaces et des pressions pour les convaincre de vendre leur parcelles. Pour plus d’informations, notre article publié précédemment.

 

ACTION URGENTE : DES DÉFENSEURS INTERNATIONAUX DES DROITS DE L’HOMME SÉQUESTRÉS PAR DES HOMMES ARMÉS EMPLOYÉS PAR UNE ENTREPRISE MINIÈRE AU HONDURAS

July 29, 2013

Le 25 juillet 2013, deux accompagnateurs internationaux de PROAH (Projet d’Accompagnement international au Honduras1, de nationalités suisse et française, ont été séquestrés pendant deux heures et demi dans la communauté de Nueva Esperanza par des hommes armés qui surveillent les ouvrages miniers de Lenir Pérez, propriétaire de l’entreprise Minerales Victoria. Les hommes armés sont présents depuis presque deux mois dans cette communauté rurale du département d’Atlántida, terrorisant les habitants et menaçant ceux qui refusent de vendre leurs terres à l’entreprise minière.

La séquestration d’accompagnateurs internationaux des droits de l’Homme est un exemple de plus de la gravité de la situation à Nueva Esperanza. La communauté vit dans un état permanent d’impuissance, subissant des intimidations pour son opposition pacifique à ce projet d’exploration minière qui lui a été imposé contre sa volonté, et sans aucune consultation2. Les menaces sont tellement sérieuses que certains habitants ont du s’enfuir de leurs maisons.

Face à cette situation, et en réponse aux demandes des membres de la communauté, PROAH accompagne celle-ci à travers la diffusion d’information et d’alertes au niveau international, et a visité la communauté à plusieurs reprises.

Le 24 juillet, les deux membres de PROAH ont passé la nuit dans la maison d’une famille dans la communauté d’El Zapote, près de Nueva Esperanza, afin de l’accompagner suite aux menaces qu’elle a reçue pour avoir refusé de vendre ses terres à Lenir Pérez3. Le jour suivant, le 25 juillet, à 9h du matin, 7 hommes lourdement armés ont fait irruption dans la maison, menaçant les deux accompagnateurs avec leurs fusils, accompagnés de 25 à 30 hommes armés de machettes, des travailleurs embauchés pour réaliser l’exploration minière, et emmenés par un homme que les membres de la communauté ont identifié comme étant Wilfredo Funes. Ce dernier a dit aux accompagnateurs qu’ils devaient partir car ils les empêchaient de travailler. Les membres de PROAH ont expliqué leur travail d’accompagnement international auprès de défenseurs des droits de l’Homme. A un moment donné, Wilfredo Funes a reçu un appel sur son téléphone, et a annoncé que « le chef » souhaitait parler avec les accompagnateurs. L’un d’entre eux a demandé s’il s’agissait de Lenir Pérez. W. Funes a paru surpris et a demandé : «Vous êtes déjà au courant? »; mais quand il passé le téléphone à l’accompagnateur, la personne en ligne a raccroché. D’autres hommes armés (d’après les membres de la communauté, ils sont 12 au total) ont poursuivi le propriétaire de la maison, qui n’était pas présent à son domicile à ce moment-là, tout en tirant des coups de feu, jusqu’à que ce que l’homme rejoigne la maison.

Au bout d’une heure, le leader des hommes armés a obligé les membres de PROAH à sortir de la maison, les menaçant d’employer la force s’il le fallait. Il leur a également dit que s’ils s’aventuraient à revenir, ils les « emmènerait se perdre dans les bois ». Il les a forcés à marcher une demi-heure durant en direction de Nueva Esperanza, encerclés par les hommes armés de fusils et de machettes, lesquels ont également intimidé sexuellement l’accompagnatrice française. Ils les ont obligés à effacer les photos qu’ils avaient prises des machines servant aux travaux d’exploration. Par la suite, Wilfredo Funes et un ingénieur de la mine les ont forcés à monter dans un pick-up, avec trois hommes armés à l’arrière du véhicule. Avant de les libérer, Wilfredo Funes a dit que si les membres de PROAH dénonçaient les faits, la communauté subirait des représailles. Ils ont laissé les accompagnateurs dans la communauté de Nueva Florida à 11h30, après deux heures et demi de captivité. Ces derniers ont attendu pendant une heure sur place l’arrivée d’une patrouille de police qui les a conduits jusqu’à Tela.

Incontestablement, la pression exercée par le COFADEH, PROAH, et d’autres défenseurs des droits de l’Homme, y compris des personnes de la communauté, afin de dénoncer et solliciter l’intervention immédiate des autorités de sécurité nationale et des membres du corps diplomatique, a été un facteur décisif qui a permis leur libération.

Il est important de souligner que le jour précédent, les défenseurs avaient informé de leur arrivée le poste de police de Buena Vista, sur le chemin qui mène à la communauté, en s’identifiant comme observateurs des droits de l’Homme. Cependant, tandis que se déroulaient les événements précédemment décrits, les policiers n’étaient pas présents au poste de police.

Un membre de la communauté a informé PROAH que la nuit du 25 juillet, des hommes armés employés par l’entreprise ont traversé la communauté de Nueva Esperanza en tirant des coups de feu en l’air. La famille qui accueillait les accompagnateurs au moment de la séquestration a dû fuir de la communauté pour sa propre sécurité.

Le 27 juillet, 250 activistes nationaux et internationaux organisés en caravane ont visité Nueva Esperanza afin de manifester leur soutien.

Cet incident est un exemple de plus de la persécution des habitants de Nueva Esperanza et des organismes qui les accompagnent dans la défense des droits de l’Homme. Deux leaders de la communauté, César Alvarenga y Roberto García, membres du Mouvement Ample pour la Dignité et la Justice (MADJ), bénéficient de mesures de protection octroyées par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), après avoir reçu des messages textos sur leurs téléphones contenant des menaces de mort de la part de Lenir Pérez en août 20124. Le prêtre guatémaltèque César Espinoza, qui officie comme curé dans la paroisse d’Arizona -et à laquelle est rattachée la communauté-, et qui a participé activement à la défense de la population, a également fait l’objet d’attaques similaires. Il a en effet reçu des messages de « supposés employés de l’entreprise minière » sur son téléphone portable au mois de janvier de l’année en cours5. C’est en grande partie en réponse à la préoccupation générée par son cas, ainsi qu’au vu de l’absence de réponse de la part des autorités face à la situation de Nueva Esperanza, que le diocèse de La Ceiba s’est prononcé sur l’activité minière dans la région au mois de juin dernier6.

Au regard de ces faits, PROAH appelle instamment les communautés nationale et internationale à:

S’assurer que les hommes armés travaillant pour l’entreprise de Lenir Pérez soient immédiatement retirés de la zone.

Enquêter immédiatement, de manière exhaustive et impartiale sur les faits dénoncés, tout en rendant les résultats publics; s’assurer que les responsables intellectuels et matériels des menaces et des intimidations à l’encontre des membres de la communauté opposée à l’activité minière et des autres défenseur-e-s des droits de l’Homme, ainsi que de la séquestration des accompagnateurs de PROAH, comparaissent en justice.

Prendre les mesures nécessaires afin que cessent le harcèlement et les menaces contre tous les membres de la communauté de Nueva Esperanza.

Prendre des mesures urgentes afin d’assurer la mise en application de la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998.

Assurer l’application de ladite Déclaration, en particulier des paragraphes se référant à la protection du droit de chacun à « individuellement ou en association avec d’autres, promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international ».

27 juillet 2013

Veuillez diriger vos demandes aux autorités nationales suivantes :

Président de La Cour Suprême de Justice

Mr Jorge Alberto Rivera Avilés

Tél : (504) 269-3000 269-3069

Mail : cedij@poderjudicial.gob.hn

Commission de contrôle du Ministère Public

Fax : (504) 221-5667

Tél : (504) 221-5670 221-3099

Secrétariat de Justice et des Droits de l’Homme

Mme la Ministre, Me Ana Pineda

apineda@sjdh.gob.hn

Directeur de l’Institut Hondurien de Géologie et des Mines

Mr Aldo Francisco Santos Sosa

aldofss@yahoo.es

Ministre du Secrétariat des Ressources Naturelles

Me Rigoberto Cuellar

rigobertocuellar@hotmail.com

Commissaire Régional des Droits de l’Homme

Me Juan José Arita

jujoa7@hotmail.com

Mairie de Tela

Mr le Maire David Zaccaro

alcaldiadetela@yahoo.cometmuni_tela@yahoo.com

Merci d’envoyer vos copies de cette action urgente à vos représentants parlementaires du congrès ou du parlement (et le cas échéant, du Parlement européen), ainsi qu’à l’ambassade de votre pays au Honduras, accompagnées de lettres exprimant votre préoccupation concernant l’aggravation de la crise des droits de l’Homme au Honduras. Envoyez des copies des lettres adressées aux autorités honduriennes à la représentation diplomatique du Honduras établie dans votre pays.

1Le Projet d’Accompagnement international au Honduras a été créé dans le pays le 1er septembre 2010, à la suite d’attaques systématiques contre les défenseurs des droits de l’Homme. PROAH, un projet de l’organisation Friendship Office of the Americas, réalise son travail sur la base d’un pouvoir de prévention ou de diminution d’une situation de pression ou de risque qui affectent la continuité du travail des personnes et organisations, et qui en raison de l’exercice de la défense des droits de l’Homme doivent affronter des dangers imminents.

2Voir l’article paru sur le blog de PROAH.

3Voir le communiqué en espagnol en fin d’article sur le blog de PROAH.

4Communiqué en espagnol du MADJ et du MAA (7.6.2013) qui apportent leur soutien à la communauté http://madj.org/content/index.php? option=com_content&view=article&id=271:comunidades-del-departamento-de-atlantida-bajo-amenaza-de-muerte-por-la- voracidad-de-empresarios-mineros-y-corrupcion-de-funcionarios-del-estado&catid=56:rrnn&Itemid=117

5Ibid.

6Voir le communiqué.

Communiqué de presse du diocèse de La Ceiba, 26 juin 2013

July 3, 2013

Veuillez trouver ci-dessous la traduction de la déclaration faite par le diocèse de La Ceiba la semaine passée, exprimant sa préoccupation au sujet :

-des impacts environnementaux et humains des concessions minières octroyées dans le département d’Atlántida

-de l’absence de consultation des communautés affectées de la part des autorités, qui s’opposent unanimement aux concessions minières

-l’intimidation des opposants à l’extraction minière au sein des communautés et de ceux qui leur apportent leur soutien, et plus particulièrement de la part des forces de sécurité de l’État

La déclaration mentionne spécifiquement la communauté de La Nueva Esperanza (voir notre blog posté le 24 juin dernier) :

Le diocèse, qui a tenté de jouer les médiateurs entre les communautés affectées, et les compagnies minières et les autorités, en organisant deux réunions au mois d’avril, a finalement décidé d’adopter cette posture inhabituelle, face à la sensation de se trouver dans une impasse. Les autorités ont échoué à tenir leur engagement d’informer les communautés sur les projets qui les concernent, se rendant également complices de l’intimidation des communautés, et tandis qu’au même moment les activités d’exploration se poursuivent en causant déjà des dégâts environnementaux.

La déclaration complète et originale est disponible en espagnol au lien suivant :
http://www.caritashonduras.org/images/stories/Documentos/2013/Junio/comunicado%20para%20la%20prensa.pdf

PROAH

L'Evêque Mons. Michael LenihanAu centre, l’évêque Mons. Michael Lenihan
 
 

Le Père César Espinoza,

Le Père César Espinoza, victime de menaces
 

Le diocèse de La Ceiba, en accord avec le mandat de l’assemblée diocésaine, célébrée le 1er juin 2013 dans la paroisse San Isidro en présence de 120 agents pastoraux de toutes la paroisses, se prononce sur la problématique de l’exploitation minière dans le département d’Atlántida, et plus particulièrement dans le secteur de Florida (…). Il souhaite communiquer à tout le peuple de Dieu, à toutes les personnes de bonne volonté, aux autorités et citoyens en général que :

[…]

3.- Nous sommes préoccupés et refusons…

10.- L’avalanche de projets miniers dans notre département d’Atlántidadepuis plusieurs décennies, qui prétendent exploiter des zones à haute valeur écologique. Le département d’Atlántida possède une beauté naturelle incomparable, avec ses 12 aires protégées et parcs nationaux, qui représentent 40% de son territoire. Il s’agit de la région du pays où l’on produit le plus d’eau, elle est dotée d’un littoral adéquat pour le tourisme et de chaines de récifs coralliens. Souhaitons-nous vraiment mettre en péril cette beauté et cette richesse?

11.- Les impacts environnementaux possiblement générés par ces projets et leurs conséquences négatives pour la vie des communautés. A ce jour nous n’avons pas de preuves claires fournies par les études réalisées auprès des personnes affectées. Le manque d’information à cet égard nous fait douter de la crédibilité et de la qualité technique de ces supposées études sur l’impact environnemental. Nous ne pouvons pas emprunter la voie d’une développement qui générerait plus de préjudices que de bénéfices.

12.- Le manque de transparence et la confidentialité avec lesquels se réalisent ces processus d’octroi de concessions, sans information et dans le dos des communautés qui seront les premières affectées. On souhaite imposer aux communautés la mise en œuvre de ces projets sans les avoir consultés, et sous prétexte qu’ « il existe un permis » et qu’ « ils sont légaux ». Peut-on vraiment réaliser ces projets sans avoir pris en compte l’opinion des communautés? En tant qu’Église, nous disons que c’est impossible, et nous refusons cette atteinte aux droits humains individuels et collectifs.

13.- La conduite de la police et des forces de sécurité étatiques, prenant le parti de ceux qui détiennent le capital, l’influence et la volonté. Nous ne croyons pas que dans ce cas précis la police agisse afin de protéger la population -laquelle a toujours été pacifique-, mais plutôt en faveur d’acteurs transgressant le cadre légal et sa propre devise « protéger et servir ». Comment expliquer la présence d’agents de la force Cobra1 dans la zone, se conduisant avec une attitude provocante envers la population qui a toujours vécu pacifiquement et sans présence policière? Nous refusons que l’État soit l’agent provocateur de la population dans ce secteur. Nous sommes préoccupés par la devise de ces agents Cobras, « vaincre ou mourir ». Mais vaincre qui?

14.- L’attitude des autorités locales qui n’agissent pas avec transparence, ôtant au peuple son droit de décider. Pourquoi n’a-t-il pas été possible d’organiser une consultation populaire afin que la population décide? Pourquoi autorise-t-on des opérations sans tenir compte de l’opinion des communautés directement affectées? Pourquoi nos autorités tournent-elles le dos au peuple, alors qu’elles devraient être au service du bien commun? Pourquoi cette distance et ce manque de communication fluide avec ceux qui nous représentent?

4.- Nous promouvons et défendons…

15.- En accord avec sa mission de travailler à la réconciliation et l’unité, pour le respect de la diginité de chaque personne et pour le bien commun (cf. Lumen Gentium 1)2, l’Église continue de promouvoir un dialogue ouvert et transparent entre les différents acteurs de la société qui sont impliqués dans les conflits socio-environnementaux.De cette façon l’Église souhaite aider à freiner l’escalade des conflits, à éviter les dénouements violents et à trouver une solution juste et durable.

5.- Nous demandons et espérons…

16.- L’Église diocésaine de La Ceiba exige de l’État qu’avant d’autoriser le début de quelconque activité minière :

Il garantisse la consultation populaire préalable, facilitant la participation des représentants des peuples et communautés affectées par la prise de décisions sur la possible réalisation de ce type de projets.

Des études sur les impacts environnementaux sérieuses et fiables avec la participation des communautés affectées

-L’Église exige également de l’État que par l’intermédiaire de l’autorité minière, il informe adéquatement la population des résultats de l’étude

17.- Qu’un dialogue soit ouvert dans le secteur et dans tout le département d’ Atlántida afin de parvenir à un consensus sur le chemin d’un développement équitable, humain et durable. Nous soutenons la voie touristique en Atlántida, tant pour ses plages que pour ses montagnes, l’investissement dans les systèmes agro-forestiers, la pêche, l’agriculture et l’exploitation de bétail, l’artisanat…L’exploitation minière est-elle le futur d’Atlántida? Nous croyons le contraire et nous savons qu’il faut chercher de manière consensuelle d’autres alternatives viables, plus humaines et durables.

6.- Nous dénonçons…

18.- La pression inhumaine à laquelle sont soumises les communautés du secteur Florida et en particulier la communauté de Nueva Esperanza, municipalité de Tela, paroisse d’Arizona, Atlántida.

19.- L’introduction d’armes de gros calibre dans le secteur géographique en question. Tout cela avec la permission et en connivence avec la police de la zone, en vue de faire taire la voix des communautés qui résistent à l’imposition par la force d’un projet qui menace leur futur.

20.-La présence d’hommes fortement armés dans la zone, amenés depuis l’extérieur du secteur et qui menacent toutes les personnes qui s’opposent au projet, recourant à des méthodes dignes de tueurs à gages.

21.- Les menaces et pressions exercées sur les leaders communautaires, ces derniers nous donnant des leçons d’intégrité et d’honnêteté avec leur foi et leur valeur d’amour pour la vie.

22.- La stratégie de division et l’affrontement entre les habitants de la communauté. Les stratégies mafieuses visant à semer le chaos et la méfiance parmi les gens, à l’aide d’ « informateurs », etc.

23.- La diffamation et les menaces dont font l’objet le Père César Espinoza et l’équipe missionnaire d’Arizona de la part de quelques entrepreneurs sans scrupules et de ceux qui sont sous leurs ordres. En tant qu’Église de la Ceiba nous soutenons le travail pastoral qui est réalisé depuis la paroisse d’Arizona, en harmonie avec son engagement auprès des plus pauvres et en accord avec la riche doctrine sociale de l’Église, accompagnant un peuple qui lutte pour le droit à la vie et le bien commun de la population.

7.- Nous responsabilisons…

24.- Nous ne souhaitons pas que la violence envahisse la zone…mais si cela devait arriver, nous jugeons responsables:

les entrepreneurs impétueux et pressés, de tout mettre en œuvre pour exploiter la zone contre la volonté des habitants, révélant ainsi leur imprudence et leur prépotence

les responsables des forces de sécurité de l’État, de donner des ordres qui portent atteinte à la sécurité et à la vie d’un peuple modeste et pacifique

les policiers qui exécutent les ordres, d’agir à l’encontre de leur propre peuple en servant des intérêts privés

les autorités locales, de ne pas avoir su informer et consulter le peuple de manière transparente…

8.- Nous offrons…

25.- EN TANT QU’ÉGLISE, DE POURSUIVRE NOTRE EFFORT EN FAVEUR DU PROCESSUS DE DIALOGUE ENTRE TOUTES LES PARTIES ET DE NOUS ATTACHER À ÊTRE JUSTES, CE QUI NE COÏNCIDE PAS TOUJOURS AVEC LES LOIS PROMULGUÉES

Nous demandons à Saint Isidore Le Laboureur, ami de la terre et patron de notre diocèse, ainsi qu’à Saint François d’Assise, de tous nous éclairer afin de trouver la solution la plus sage face à ces problèmes auxquels nous sommes confrontés. Nous nous en remettons à eux.

Fait à La Ceiba, le 26 juin 2013

Mons. Michael Lenihan, O.F.M P.

Évêque du diocèse de La Ceiba

Francisco Sánchez Argueta

Vicaire Général du diocèse de La Ceiba

P. René Flores Pineda

Chancelier du diocèse de La Ceiba

P. Víctor Cámara Cámara

Vicaire épiscopal de la pastorale

1Les agents Cobras forment un groupe d’élite de la police nationale hondurienne. Francs-tireurs, ilssont également spécialement entraînés à la lutte anti-émeute et déployés lors d’opérations spéciales.

2Lumen Gentium, est la constitution dogmatique sur l’Église, promulguée en 1964, et l’un des principaux documents du concile Vatican II. http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19641121_lumen-gentium_fr.html

Projet d’extraction minière à La Nueva Esperanza : intimidations alarmantes à l’encontre de la communauté

June 24, 2013

La communauté de La Nueva Esperanza -département d’Atlántida- lutte pour protéger ce coin de paradis tropical, dans les montagnes qui bordent la côte caribéenne du Honduras, alors que vient d’être concédée une nouvelle activité extractive, octroyée à l’entreprise Minerales Victoria, pour l’exploitation de dépôts de fer. Son propriétaire est Lenir Pérez -gendre du propriétaire terrien Miguel Facussé-, et il opère par le biais de son entreprise Alutech qui appartient à Inversiones EMCO, dont le siège est basé à San Pedro Sula, et qui spécialisée dans la construction de structures en acier.

DSC00559Habitants de La Nueva Esperanza
 

Le MADJ et MAA dénoncent les intimidations au sein de la communauté

Dans un communiqué commun1, le MADJ (Mouvement Ample pour la Justice et la Dignité) et le MAA (Mouvement Écologiste d’Atlántida), qui apportent leur soutien à La Nueva Esperanza et aux communautés voisines affectées par le projet, ont dénoncé l’escalade alarmante des intimidations de la part de Lenir Pérez, ainsi que de policiers et civiles armés qui lui prêtent main forte, depuis le début de l’année, et tout particulièrement au cours des dernières semaines. Deux leaders de la communauté, César Alvarenga et Roberto García, membres du MADJ, bénéficient déjà de mesures de protection octroyées par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH)2, après avoir reçu des messages textos de la part de l’entrepreneur et proférant des menaces de mort, en août 20123. Le père César Espinoza, d’origine guatémaltèque et qui officie actuellement en tant que curé dans la municipalité avoisinante d’Arizona, lequel a participé activement à la défense de la communauté, a également été la cible d’attaques similaires. Ce dernier a reçu des menaces de la part de “soi-disant employés” sur son téléphone portable, au mois de janvier de cette année4.

PROAH a visité la communauté au début du mois de juin, sur son invitation et celle du MADJ, afin de pouvoir observer directement la situation.

DSC00557Exploration de la zone concessionnée avec les habitants
 

La classification de l’oxyde de fer, un “trompe-l’oeil” légal

Avec le moratoire sur l’exploitation minière de métaux, actuellement en vigueur pour des motifs environnementaux5, l’entreprise a obtenu la concession pour l’exploitation d’un minéral non métallique, l’oxyde de fer. Ceci étant, tous les habitants de La Nueva Esperanza savent bien qu’en plus de ce minéral -et du charbon-, les collines qui entourent la petite communauté sont riches en or, la recherche artisanale d’or dans les ruisseaux étant ancrée dans les traditions. D’après DEFOMIN -agence de régulation des mines du Honduras- et désormais avec la nouvelle Loi sur les mines6 -plus de détails ci-dessous-, la classification de l’extraction de l’oxyde de fer en tant que produit métallique ou non, dépend de l’usage annoncé par les concessionnaires de la mine. S’il est destiné à la production de métaux, il est classé comme oxyde de métal; mais il suffit que le demandeur affirme qu’il se destine à la fabrication de ciment, par exemple, pour que l’extraction soit enregistrée comme non métallique.

Oxyde de fer

Oxyde de fer
 
 
Possible veine aurifère
Possible veine aurifère au bord d’un ruisseau
 

En plus de permettre d’échapper au moratoire, cette classification signifie qu’une entreprise minière peut obtenir une concession, moins de contraintes, moins de mesures de contrôle environnemental et moins d’impôts. De cette façon, une fois la concession obtenue, les entreprises concernées peuvent se dédier à l’extraction de minéraux métalliques au moyen d’un simple avertissement aux autorités, alors que celle-ci constitue une activité beaucoup plus rentable pour leurs affaires, et beaucoup plus néfaste pour l’environnement et les habitants. L’exploitation de l’oxyde de fer peut également avoir de profonds impacts sur l’environnement et la santé des habitants des communautés affectées par la mine, mais l’un de ses “avantages” sur l’exploitation aurifère est que le procédé extractif du métal ne requiert pas l’utilisation de cyanure, et une moindre quantité d’eau.

La concession de La Nueva Esperanza

Minerales Victoria, l’entreprise de Lenir Pérez, a obtenu une concession de 1000 hectares, bien qu’elle en ait sollicité 11 0007. Le terrain inclut 16 communautés dont la subsistance se base sur l’élevage de bétail, dont la pérennité serait menacée par le tarissement ou la pollution des ruisseaux et sources de montagne. Pour cette raison, les habitants sont fermes dans leur opposition à l’installation de l’entreprise sur leur territoire. D’après le coneil municipal des 16 communautés, seules 3 des 45 familles de La Nueva Esperanza sont favorables à l’exploitation minière d’oxyde de fer et participent déjà à ses opérations. En dépit du refus des habitants de vendre leurs terres, l’entreprise -soutenue par le maire de Tela- poursuit ses tentatives d’achat et plusieurs personnes ont fait l’objet de pressions et reçu des menaces pour se décider à vendre. En outre, l’entreprise a déjà commencé à travailler sur des terrains de La Nueva Esperanza, qui selon le conseil municipal appartiennent à des membres de la communauté. Elle a clôturé le terrain, élagué des forêts et amorcé l’exploration sur différents sites, y compris à la lisière d’un ruisseau qui alimente la communauté en eau.

Début des opérationsDébut des opérations exploratoires
 

Le harcèlement des habitants de la communauté et les dégâts environnementaux s’aggravent

La tension locale n’a cessé de croître au cours des derniers mois. Afin d’empêcher le passage de véhicules de l’entreprise, la communauté a posé une chaîne cadenassée cadenas sur la route d’accès en février, en face de la maison de Don Enrique, un vieux monsieur emblématique de la résistance de la communauté. Cependant, la nuit du 13 février, des agents de police ont brisé la chaîne à l’aide de coups de feu, et détruit le cadenas. Les policiers impliqués dans les faits étaient dépourvus d’identification. En réponse à la plainte déposée auprès du Ministère public par les habitants de la communauté, les autorités ont publiquement reconnu le caractère illégal des méthodes employées dans le département d’Atlántida. Ceci étant, les policiers qui circulent dans la communautés ne sont toujours pas munis d’identification, ce qui éveille les doutes des habitants quant à leur véritable identité. Ils sont suspectés d’être en réalité des employés de surveillance de l’entreprise.

Depuis, les tentatives de dialogue impulsées entre les membres de la communuté opposés au projet minier et les entrepreneurs sont restées dans l’impasse. Au contraire, les menaces à la communauté se sont intensifiées. A titre d’exemple, le samedi 25 mai, profitant du défilé du carnaval à La Ceiba, des employés de l’entreprise ont tenté de se rendre à la concession, accompagnés de deux camions transportant des machineries, ainsi que de policiers. Toutefois, les habitants présents dans la communauté pour célébrer un anniversaire se sont mobilisés et ont réussi à empêcher l’entrée des camions. Depuis cet épisode qui a été dénoncé sur Radio Progreso, le dimanche 26 mai les habitants ont tenu une assemblée au bord du ruisseau qui sépare La Nueva Esperanza du terrain concédé à l’exploitation, afin de planifier des actions de protestation au niveau national, étant donnée l’absence de réactions de l’entreprise.

En dépit de la fermeté du refus exprimé par la communauté, le harcèlement et les menaces se sont multipliés au cours des derniers jours. Le lundi 3 juin, un groupe de policiers a pénétré dans la communauté afin de rejoindre la zone concédée. Face aux protestations des habitants, ils ont tiré des coups de feu, sans blesser personne. Cette nuit-là, d’autres coups de feu ont été tirés. Par la suite, la nuit du 5 juin, un groupe d’environ 20 hommes habillés en civil et fortement armés avec du gros calibre sont entrés dans la communauté en vue de semer la terreur parmi les habitants, proférant des menaces de mort à répétition. Face à ce danger, les habitants doivent endurer un “état de siège” permanent, qui les contraint à s’enfermer dans leurs maisons par mesure de sécurité. Le professeur de l’école de la communautaire a décidé d’interrompre les cours jusqu’à ce que les conditions de sécurité permettent à nouveau d’enseigner.

Pierres accumulées

Pierres accumulées pour empêcher le passage de camions
 
 

C’est en regard de la gravité des événements et le risque d’aggravation de la violence à La Nueva Esperanza, que le 7 juin dernier les habitants, soutenus par le MADJ, ont dénoncé et condamné les menaces constantes de la part des entrepreneurs dans le communiqué déjà mentionné. Ils y lancent un appel aux sociétés civiles nationale et internationale afin qu’elles interviennent et demandent un arrêt de la violence liée au projet minier. La communauté y réitère son refus face au développement de l’extraction de minérais sur son territoire, et demande un arrêt de ses activités ainsi que la sortie définitive de l’entreprise.

Malgré tout, le harcèlement au sein de la communauté continue. Le 14 juin, trois habitants alors réunis dans une maison ont reçu un appel téléphonique les avertissant que plusieurs hommes armés venaient à leur rencontre. Les trois hommes ont pris la fuite mais ont été poursuivis par les individus armés qui ont ouvert le feu. Les trois habitants, heureusement indemnes, ont du se cacher jusqu’ à ce que leurs agresseurs disparaissent8. Des volontaires de PROAH, ont vu deux hommes armés de fusils près de l’église -dont un tentant de se cacher- alors qu’elles assistaient à une messe dans la communauté le 23 juin dernier.

Pendant ce temps, les dégâts environnementaux dans la communauté s’étendent avec le début des opérations de la supposée “exploration”. Les employés de Minerales Victoria ont illégalement amorcé la construction de routes, brisant les clôtures de terrains privés sans la permission des propriétaires, abattant des arbres situés à l’orée du chemin principal, et appartenant à la communauté. L’un des coups particulièrement durs portés à la communauté a été la destruction du Manguito, un manguier situé à mi-chemin entre La Nueva Esperanza et El Carmen, une communauté située en amont, à l’ombre duquel les randonneurs se reposaient avant de se remettre en chemin, profitant de la brise et la fraîcheur qu’il abritait. En outre, les conséquences des opérations commencent à être observables sur les sources d’eau : l’un des ruisseaux à l’eau autrefois limpide est devenu boueux, pollué par la terre excavée afin de construire les routes et lors d’autres travaux.

Le Manguito abattu

Le Manguito abattu
 

La nouvelle Loi sur les mines et l’extraction à ciel ouvert

Au Honduras, La Nueva Esperanza est une pièce de plus qui compose la mosaïque des communautés en résistances contre les entreprises minières opérant sur le territoire national, sans le consentement des communautés concernées. Avec la nouvelle Loi sur les mines, approuvée le 23 janvier dernier par le Congrès national -bien que suspendue provisoirement en attente des règlements de mise en application9-, au moins 300 nouvelles concessions sont à venir, ce qui représente environ 15% du territoire national. D’après les mouvements sociaux et les porte-paroles des communautés affectées par l’activité minière, l’opinion de la population n’a pas été prise en compte; en réalité, la loi a été rédigée d’après les conseils formulés par les entreprises transnationales intéressées, ainsi que les ambassades étrangères présentes dans le pays. L’un des exemples les plus parlants est celui des mines à ciel ouvert. Malgré un sondage datant de 2011 dans lequel 91% des Honduriens s’y opposèrent10, la loi, en s’abstenant de mentionner ce type d’extraction, n’y met aucun obstacle et assure sa pérennité de façon implicite, tel que le rapporte la Coalition Nationale des Réseaux Écologiques (CNRA)11. Ainsi, tandis que certains pays comme le Costa Rica ont déjà interdit l’exploitation minière à ciel ouvert sur tout leur territoire, et que le débat est en cours dans d’autres pays d’Amérique latine12, le Honduras perpétue pour sa part une pratique dévastatrice pour l’environnement, et qui de plus génère peu d’emplois pour la population locale.

Quant aux autres carences de la nouvelle Loi sur les mines, on peut souligner : la possibilité d’octroyer des concessions sur des terrains habités -avec comme conséquence le risque de déplacement de communautés entières-; la priorité donnée aux besoins des entreprises en matière d’usage de l’eau; l’absence de protection des sources d’eau dans les communautés, à moins que celles-si soient situées dans une “zone productrice d’eau” déjà désignée comm telle; la confidentialité de l’information technique et financière, manipulée uniquement pae les entreprises; et enfin l’absence d’un processus de consultation préalable, libre et informée des communautés autochtones et afro-descendantes, tel que le prévoit la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), ratifiée par le Honduras13. Avec la nouvelle loi, la consultation de toutes les communautés, qu’elles soient autochtones ou non, est prévue depuis la phase initiale de l’exploration, c’est-à-dire lorsque l’entreprise a déjà obtenu une première forme de concession, occupé le territoire et investi des capitaux dans le projet. Le refus de la part d’une communauté pourrait être à l’origine de contre-mesures et de sanctions économiques graves à l’encontre de l’État, tel que prévu par les traités internationaux ratifiés par le Honduras14. Preuve en est le cas de précédent au sien duquel l’entreprise minière canadienne Pacific Rim a réclamé plusieurs millions à l’État salvadorien15.

L’exploitation minière comme “moteur économique” : des attentes élevées et de faibles redevances

Face aux préoccupations des porte-paroles des communautés affectées, les autorités soutiennent que le moteur de sortie de la pauvreté actuelle au Honduras doit être l’extraction de ses richesses cachées, que les conquistadores espagnols ont laissées en majeur partie inexploitées. Le Secrétariat des Ressources Naturelles (SERNA)16 estime que plus de 60% du territoire national pourrait être voué à l’exploitation des richesses minérale, tant métalliques que non-métalliques. Le président de l’Association Nationale des Mines du Honduras (ANAMINH), Santos Gabino Carvajal, a annoncé que l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur les mines marquera l’arrivée au Honduras de capitaux transnationaux provenant de pays industrialisés comme la Chine, le Canada et les États-Unis, représentant jusqu’à 4 000 millions de dollars sur le long terme17. En dépit des ces attentes élevées, il est important de souligner que, la redevance territoriale -soit le prix par hectare de la location de la concession-, de même que les impôts versés à l’État, sont très bas et soumis à l’autoévaluation des entreprises. Avec la nouvelle loi, l’impôt total pour l’extraction minière métallique s’élève à 6% du montant des ventes18 -et descend même jusqu’à 2,5% dans le cas des mines non-métalliques-. Sur cet impôt, 1% est destiné à l’Institut Hondurien de Géologie et des Mines (INHGEOMIN), 2% à la municipalité au sein de laquelle se situe l’exploitation, et 1% à des “projets de développement” gérés par la Commission pour la Promotion de l’Alliance Public-Privé (COALIANZA). Les 2% restants sont destinés à une “taxe de sécurité”. Autrement dit. à l’exception des 1% des projets gérés par COALIANZA, il n’existe non seulement aucun autre mécanisme qui permette une forme de distribution et de partage de la richesse produite par l’activité minière au niveau national19, mais celle-ci sert en outre au renforcement des forces de sécurité, dans un pays qui connaît déjà un processus de militarisation inquiétant.

1Comuniqué des MADJ et MAA, du 7 juin 2013 : http://madj.org/content/index.php?option=com_content&view=article&id=271:comunidades-del-departamento-de-atlantida-bajo-amenaza-de-muerte-por-la-voracidad-de-empresarios-mineros-y-corrupcion-de-funcionarios-del-estado&catid=56:rrnn&Itemid=117

2Mesures préventives de la CIDH – MC 342/12 du 3 octobre 2012 – César Adán Alvarenga Amador et Roberto García Fúnez, Honduras. http://www.oas.org/es/cidh/decisiones/cautelares.asp.

3 Page 1 du communiqué des MADJ et MAA

4Ibid. p. 2.

5Une interdiction d’octroi de nouvelles concession fut initialement imposée en août 2004 par la ministre des Ressources naturelles, Patricia Panting, pour deux raisons: 1. Le Comité Écologiste de la Vallée de siria et l’Alliance Civique pour la Réforme de la Loi sur les mines démontrèrent que Defomin (agence de régulation des mines du Honduras) avait octroyé des concessions minières à GoldCorp sans respecter les procédures légales et 2. La Marche nationale pour la vie, laquelle exigea l’annulation de toutes les concessions d’epxloitation minière et du bois. La ministre destitua également le directeur de Defomin.

Le présent moratoire sur l’exploitation des minéraux métalliques fut imposé par le Président Zelaya en février 2006, grâce au Décret Exécutif PCM-09-2006, lequel évoque en préambule la nécessité de veiller à “une exploitation rationnelle de la nation, ainsi q’un moindre impact sur l’environnement et la réutilisation des zones exploitées pour le bénéfice de la collectivité”. Avec le décret, le moratoire devait rester en vigueur jusqu’à l’adoption de réformes à la Loi sur les mines de 1998. Bien que la Loi controversée sur les mines fut approuvée en janvier 2013, elle n’a toujours pas été mise en application, faute de règlements. En conséquence, le moratoire reste en vugier jusqu’à nouvel ordre.

(Decreto Ejecutivo PCM-09-2006 publié dans El Diario Oficial La Gaceta No.30,928 de 14.2.2006. Également disponible sur http://www.pgrfa.org/gpa/hnd/files/compendio_de_legislacion_ambienta_abril-2011.pdf).

Consultez également le rapport de la Commission de Vérité, p. 57-58 : http://comisiondeverdadhonduras.org/sites/default/files/Informe%20COMISION%20DE%20VERDAD%20.pdf

6 Loi sur le mines de 2013: http://www.defomin.gob.hn/2013pdf/LeydeMineria02042013.pdf

7Il existe 19 concessions minières métalliques déjà approuvées dans le seul département d’Atlántida, la majorité d’entre elles dans la municipalité de Tela, qui couvrent 24,600 hectáreas (6% de la superficie du département) y 14 concessions minières non-métallique déjà approuvées Sourcee: CEHPPRODEC – Centre Hondurien de Promotion du Développement Communautaire)

8Une plainte a été déposée par les victimes : Denuncia No. CEIN-PROV-0101-2013-04187.

9 http://www.elheraldo.hn/Secciones-Principales/Economia/En-suspenso-Ley-de-Mineria-hasta-que-se-apruebe-reglamento

10 Sondage du CESPAD (Centre d’Étude pour la Démocratie) – septembre 2011 http://cespad.org/sites/default/files/Encuesta%20de%20mineria%20en%20Honduras-2012.pdf

11 Communiqué de la CNRA (23.1.2013) ‘Nuevo atentado contra la población de Honduras: Ley de minería entrega territorio y población como mercancía’. (Disponible sur http://periodicoecovida.com/?q=node/167)

12 http://www.noalamina.org/mineria-latinoamerica/mineria-costa-rica/asumio-y-detuvo-la-mineria-a-cielo-abierto

13 http://www.miningwatch.ca/news/honduran-mining-law-passed-and-ratified-fight-not-over

14 http://www.hondurassiexporta.hn/oportunidades-de-mercado/tratados-comerciales-internacionales/

15 http://www.americaeconomia.com/negocios-industrias/minera-pacific-rim-demanda-el-salvador-por-us315m

16Institution gouvernementale hondurienne.

17 http://www.elheraldo.hn/Secciones-Principales/Economia/La-riqueza-de-Honduras-aun-esta-oculta-en-sus-entranas

18Article 76 de la Loi sur les mines de 2013.

19Situation préoccupante compte teny des dommages que les opérations extractives peuvent causer au niveau environnemental et sanitaire au delà de la municipalité concermée, et jusqu’à l’infrastructure utilisée pour transporter les minéraux exploités. Voir par exemple :

http://www.elheraldo.hn/Secciones-Principales/Al-Frente/Exportacion-de-oxido-puede-colapsar-el-puerto-de-San-Lorenzo

http://www.elheraldo.hn/Secciones-Principales/Al-Frente/Oxido-de-hierro-acelera-destruccion-de-red-vial