Honduras : « La terreur que nous avons vécue pendant deux heures est le quotidien tragique de cette communauté », raconte une observatrice victime de séquestration.

Des hommes fortement armés ont séquestré et menacé des observateurs internationaux des droits de l’Homme, dans le contexte d’une lutte menée par une communauté entrée en résistance contre un projet d’exploitation minière.


Traduction de l’article publié le 26 juillet 2013 par Giorgio Trucchi et consultable en version originale espagnole : http://nicaraguaymasespanol.blogspot.com/2013/07/honduras-el-terror-que-vivimos-durante.html

Orlane et Daniel, respectivement de nationalités française et suisse, sont des observateurs internationaux du Projet d’accompagnement international au Honduras (Proah)1.

Mercredi dernier, ils se sont rendus à la communauté de La Nueva Esperanza, département d’Atlántida, dans le cadre de leur mission d’observateurs des droits humains, dans le contexte d’un grave conflit né suite à l’installation d’un nouveau projet d’exploitation minière2.

Moins de 24 heures après leur arrivée, les deux observateurs ont été cernés par des hommes de main armés au service de l’entrepreneur minier. Ils ont été menacés, puis escortés et forcés à monter à bord d’un véhicule qui les a libérés dans une communauté voisine.

« Ils étaient nerveux, avaient les yeux rouges et nous visaient avec leurs armes, nous disaient que nous n’avions rien à faire là, et nous demandaient si nous étions communistes. À un moment j’ai pensé qu’ils allaient nous tirer dessus », raconte Orlane Vidal à la LINyM.

Pour elle, le plus préoccupant dans le contexte de ce Honduras pris en otage et terrorisé, est que l’horreur qu’ils ont ressentie pendant deux heures représente le quotidien tragique que vivent des milliers de personnes, qui défendent leurs terres et les ressources naturelles des griffes acérées d’une poignée d’entrepreneurs dans le pays.

Communauté de Nueva Esperanza

Communauté de Nueva Esperanza / Photo : PROAH

LINyM: Que s’est-il passé exactement hier, le 25 juillet?

Orlane Vidal: Nous sommes arrivés à la Nueva Esperanza le mercredi après-midi et nous avons passé la nuit dans la maison d’une femme nommée Concepción, qui vit à environ une demi-heure de la communauté. Elle avait dénoncé quelques jours plus tôt le harcèlement et les menaces constantes dont elle avait fait l’objet de la part de l’entreprise minière, afin de la convaincre de vendre son terrain.

La matinée suivante, celle-ci est sortie tôt de la maison et est revenue à environ 8h30, nous avertissant qu’il y avait des hommes armés dans la communauté, possiblement des gardes de sécurité de l’entreprise Minerales Victoria. Nous avons tenté de la tranquilliser en lui disant que nous allions parler avec eux afin de savoir ce qu’ils voulaient.

Environ une demi-heure plus tard, 10 hommes armés de fusils, visiblement perturbés et aux yeux rouges, comme drogués, ont fait irruption accompagnés de 12 ou 13 travailleurs de l’entreprise minière armés de machettes, et ont cerné la maison.

Daniel et moi sommes sortis et les hommes nous ont visés avec leurs fusils, et ont commencé à nous dire que nous n’avions rien à faire là, que nous empêchions le travail dans la concession minière. Ils nous ont demandé à plusieurs reprises pourquoi nous essayions de nous cacher et si nous étions communistes.

Nous leur avons expliqué notre fonction d’observateurs internationaux au Honduras et dans la communauté de La Nueva Esperanza, mais les hommes paraissaient de plus en plus nerveux, jusqu’à ce que l’on entende des coups de feu et qu’ils arment leur fusil, toujours tout en nous visant.

LINyM: Que s’est-il passé ensuite?

OV: Soudainement d’autres travailleurs de la mine sont apparus, visiblement ceux-là même qui poursuivaient l’époux de Concepción. Celui-ci est arrivé en courant à l’endroit où nous nous trouvions, effrayé. A ce moment-là la maison était encerclée par environ 40 hommes armés de fusils et de machettes.

Nous avons passé près d’une heure à essayer de calmer la situation, cependant les supposés gardes de sécurité se sont énervés une fois de plus et se sont rapprochés de nous, en nous disant que nous devions quitter les lieux à leurs côtés. À ce moment-là j’ai eu peur de ce qui pouvait nous arriver.

Finalement, nous avons rassemblé nos affaires et ils nous ont fait marcher une demi-heure sur un chemin de terre, jusqu’à un autre endroit où nous attendait un pick-up. Les travailleurs tentaient d’être aimables avec nous, tandis que les gardes continuaient de nous viser avec leurs armes.

LINyM: Qui était dans le véhicule?

OV: C’était un véhicule de l’entreprise. A l’intérieur, il y avait une personne qui pourrait être un ingénieur de la même entreprise, et Wilfredo Funes, un membre de la communauté qui a toujours été en faveur du projet minier. Plusieurs hommes armés sont montés dans la partie arrière du véhicule.

Ils ont mis le pick-up en marche et ont commencé à nous dire que nous ne devions pas revenir à la communauté ou bien il pourrait nous arriver un malheur. Nous avons essayé de parler avec eux et leur avons demandé qui avait envoyé ces hommes armés. Ils nous ont fait comprendre, indirectement, qu’il s’agissait de l’entrepreneur Lenir Pérez.

Alors que nous étions encore dans la maison, ils ont reçu un appel téléphonique et Wilfredo Funes nous a dit « le chef veut parler avec vous ». Quand nous lui avons demandé «  « Qui? Lenir Pérez? » et qu’ils se sont rendus compte que nous savions qui il était, la personne au bout du fil a raccroché.

Finalement, ils nous ont laissés dans la communauté de Nueva Florida et là, avec l’aide de Cofadeh et Proah, nous avons réussi à rentrer à Tegucigalpa.

LINyN: A un moment donné as-tu pensé que ta vie était en danger?

OV: Les hommes armés étaient hors de contrôle et très perturbés, nerveux, comme s’ils n’attachaient pas d’importance à ce qui était en train de se passer, ni à nos vies. Ensuite nous avons écouté les coups de feu. A ce moment-là j’ai pensé qu’ils allaient nous tirer dessus et qu’il pourrait y avoir une tuerie dans la communauté.

Cependant, ce qui me préoccupe le plus est ce que vivent les gens de la communauté. Pour nous ce furent deux heures de terreur, mais pour eux cela n’en finit jamais, il s’agit de leur quotidien.

C’est pour cette raison qu’il faut se saisir de ces évènements afin de dénoncer nationalement et internationalement ce qu’ils se passe à cet endroit. Je ressens une grande rage, et cela va nous donner la force nécessaire pour continuer à faire notre travail.

1Le Projet d’accompagnement international au Honduras, Proah, est un projet de l’organisation américain Friendship Office of the Americas, lequel a débuté immédiatement après le coup d’État de 2009. L’équipe est composée d’observateurs internationaux qui procurent un accompagnement physique à des défenseur-e-s des droits de l’Homme, et notamment à des personnes et organisations des mouvements sociaux et communautaires.

2Minerales Victoria est l’entreprise de Lenir Pérez, gendre de Miguel Facussé, et opère par le biais de la société Alutech, qui elle-même fait partie de l’entreprise Inversiones EMCO. L’entreprise a obtenu une concession de 1,000 hectares. Le terrain concessionné comprend 16 communautés rurales, dont la source de revenu principale est basée sur l’élevage de bétail, et qui se verraient donc affectées par la perte de leurs moyens de subsistance, à cause de la pollution des ruisseaux et rivières. Pour cette raison, les communautés sont fermes dans leur opposition à l’installation de l’entreprise sur leurs terres, ce qui a généré des menaces et des pressions pour les convaincre de vendre leur parcelles. Pour plus d’informations, notre article publié précédemment.

 

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