« Une action désespérée et criminelle »

 
Traduction de l’entrevue téléphonique de Berta Cáceres par Radio Mundo Real, au sujet de l’assassinat de Tomas García, du COPINH, et de son fils blessé hier à Río Blanco.

 

L’armée hondurienne assassine un défenseur autochtone du COPINH contre le projet hydroélectrique à Río Blanco

Le lundi 15 juillet, après 106 jours de résistance de la communauté Lenca de Río Blanco au Honduras, qui bloque pacifiquement l’accès routier à la zone de construction du barrage hydroélectrique Agua Zarca, l’armée hondurienne a ouvert le feu contre les manifestants, assassinant l’un des leaders de la résistance, Tomás García, et blessant sévèrement son fils (photo).

Tomás, autochtone Lenca, était membre du Conseil autochtone, conseiller communautaire et membre du Conseil Civique des Organisations Populaires et Indigènes (COPINH).

Le défenseur hondurien se déplaçait en compagnie d’autres membres de la communauté en direction des infrastructures du projet, financé par les entreprises DESA et Sinohydro, lorsqu’il a été abattu et son fils blessé par des armes de gros calibre. Ce dernier est actuellement hospitalisé et son pronostic vital est en danger, selon les informations communiquées à Radio Mundo par Berta Cáceres, dirigeante du COPINH, avant de se rendre à Río Blanco ce lundi.

Herido Rio Blanco

Photo: Alan García, fils de Tomás, montre les blessures infligées par l’armée hondurienne (COPINH)

Berta a qualifié les faits de « réaction désespérée et criminelle » de la part des entreprises qui souhaitent exploiter le fleuve Gualcarque, ce qui affecterait gravement les communautés vivant aux alentours. Pour cela, les entreprises comptent avec le soutien de l’armée hondurienne, et couvrent les dépenses occasionnées par le déplacement et le maintien de contingents militaires mobilisés par le gouvernement, depuis Tegucigalpa jusqu’à la région de Río Blanco.

Alors que la nuit tombait sur la région, le COPINH informait que de nouveaux effectifs militaires étaient transférés vers la zone de Zacapa, département de Santa Bárbara1, redoutant de nouveaux coups de feu contre les civils qui veillaient le corps du résistant autochtone assassiné.

« La communauté est totalement indignée, nous avons énormément de peine mais nous avons la conviction qu’il faut poursuivre la lutte, avec courage et de l’espoir », a exprimé Berta par téléphone. « Au fur et à mesure que se rapprochent les élections -au mois de novembre-, ils veulent faire du COPINH un exemple pour les autres organisations », a-t-elle expliqué, « la communauté a décidé de maintenir le blocage de l’accès routier au site de construction. »

Quelques heures avant les faits, le COPINH avait dénoncé que le vendredi 12 juillet, des véhicules de l’entreprise Desarrollo Energético Sociedad Anónima (DESA) -qui mène le projet aux côtés de l’entreprise chinoise Sinohydro- ont conduit des membres de la direction à une réunion avec des tueurs à gage connu dans la zone, responsables de menaces directes aux membres du Conseil autochtone, Tomás García figurant parmi eux.

Les militaires ont ouvert le feu sans avertissement et alors que les manifestants n’avaient encore atteint le site de construction, selon Berta.

Cette dernière a été détenue illégalement au mois de mai, puis été citée en comparution pour une supposée détention illégale d’arme à feu. L’accusation s’est soldée par un non-lieu suite à l’audience préliminaire.

La dirigeante a souligné que la solidarité internationale doit lancer un appel urgent aux autorités civiles, militaires et des deux entreprises impliquées dans cet assassinat, face à cet évènement récent comme aux nouveaux cas de répression contre les habitants de la communauté de Río Blanco.

« Nous savons que nous faisons face à une stratégie d’impunité dans un contexte qui favorise ce type d’actions répressives », a indiqué Berta. Ceci étant, elle a précisé que la volonté des communautés de défendre un territoire à haute valeur culturelle et ancestrale se voit renforcée face à ces situations de violence étatique et privée.

En effet, le fleuve Gualcarque est considéré comme un élément fondamental de la spiritualité Lenca et les communautés considèrent les projets de construction comme un affront à la figure emblématique de leur culture, Lempira.

« Nous maintenons la fermeté de notre combat, nous ne nous laisserons pas mettre à l’écart, nous ne nous laisserons pas gagner par la peur, et nous poursuivrons cette bataille pour la vie, de manière pacifique mais dynamique. Nous poursuivre sans défaillir », a affirmé Berta par téléphone.

1Village situé à 40 minutes environ en amont de Río Blanco.

 
Pour écouter l’entrevue radiophonique, en espagnol :

http://www.radiomundoreal.fm/IMG/mp3/berta_caceres_caso_tomas.mp3


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